Molt d’Anys Maman

Paris le 6 mai 2011,

Papa et toi êtes repartis hier rejoindre votre île, votre maison, vos habitudes. Je suis venu déjeuner rapidement avec vous et vous dire au revoir et en vous quittant j’ai réalisé combien je te délaisse depuis quelques mois. Moi qui ai toujours été si proche, si présent, je me suis fait absent malgré moi. C’est vrai que ton regard malade me pèse de plus en plus, que te voir vieillir ainsi est une vraie torture et que je me prépare à ce qui je sais sera un moment douloureux qui me hante depuis des années, ne plus t’avoir, te parler, devoir te dire Adieu. J’ai peur de cette échéance, elle me tétanise et bêtement  plutôt que de profiter de toi, de ces ultimes moments, je fais tout le contraire. Je t’évite presque, je ne réponds pas à tes questions, soucieuse que tu es de savoir ce que va devenir ton petit dernier, celui que tu appelais « mon petit bâton de vieillesse ». Mes choix récents, même si tu les comprends, t’inquiètent, avec S. tu me savais aimé et en sécurité, je sais que tu sais que je ne vais pas très fort et j’aurais aimé t’éviter ces derniers tourments, te laisser partir en paix et sereine.  Pardon !

Aujourd’hui tu fêtes tes 85 printemps et je pense à toi, à ta douceur, à ton parfum, à tout cet amour que tu nous as donné, à cette vie pas toujours drôle que tu as eue.  Oui je pense à tous ces moments partagés, à ces veillées dont j’avais parlé sur mon blog, à ces larmes et prières qui nous unissaient.  Je t’aime Maman si tu savais combien je t’aime , j’aimerais redevenir enfant et me blottir contre toi, me laisser bercer et consoler te dire comme le chantait F GALL :

 Tous mes amis sont partis
Mon coeur a déménagé
Mes vacances c’est toujours Paris
Mes projets c’est continuer
Mes amours c’est inventer

Et le temps défile comme un train
Et moi je suis à la fenêtre
Je suis si peu habile que demain
Le bonheur passera peut-être
Sans que je sache le reconnaître

Mon coeur est confortable, bien au chaud
Et je laisse passer le vent
Mes envies s’éteignent, je leur tourne le dos
Et je m’endors doucement
Sans chaos ni sentiment

Si, maman, si
Si, maman, si
Maman, si tu voyais ma vie
Je pleure comme je ris
Si, maman, si
Mais mon avenir reste gris
Et mon coeur aussi

Joyeux anniversaire ma Maman, toi qui est née le même jour que ton Père, mon « Predi «  , c’est à vous que je pense aujourd’hui , c’set à vous que je donne mon amour . Un jour nous nous retrouverons tous les 3 tout la haut et je crois bien que je serais heureux.

Un lien pour te dire combien je t’aime :

A Mémé Poulard (qui fait des superbes sablés)

Rouen, le 6 Mai 2011

Chère Mémé,

En effet, je peux t’appeler ainsi? Car maintenant que tu as 123 ans, la familiarité n’est plus une injure, mais une marque d’affection? Il est vrai que je ne t’ai jamais beaucoup écris, Mémé, j’ai un peu honte, mais je gardais ma prose pour Manie Nova et ses petits suisses. Elle m’en a donné des soucis avec ses petits pots en plastique que je n’arrivais jamais à démouler complètement. Mais revenons à nos moutons! Durant c’est 123 ans, tu as mis tout ton coeur pour réjouir nos papilles, aussi bien dans ton restaurant dans lequel je m’arrête à chaque fois quand je me rends au Mont Saint Michel, que dans tes merveilleux biscuits que tu fabriques dans le fin fond de notre belle vieille Normandie avec tes vieilles amies.

Je ne manque jamais d’en acheter une boite ou deux par semaines dans mon supermarché car tu as eu la bonne idée d’ouvrir ton savoir faire à la mondialisation. Aussi quand je passe devant les étales interdits, je te vois sérieuse et avenante m’encourageant à l’extrême tentation de dévorer tes sablés dans l’instant. Je ne le fais pas, bien sur et pour deux raisons. La première est relativement simple: l’interdiction!. En effet, il est interdit de manger des biscuits pas encore acheté. C’est comme un vol qu’elle m’a dis ma grand-mère (elle est plus jeune que toi puisqu’elle n’a que 88 ans mais elle a autant de bon sens que toi!) On a une grande complicité elle et moi! Elle me refile toute ses bonnes recettes de quand elle était petite! La seconde? Le retour d’expérience! Alors que je me trouvais avec elle dans un « Carrefour Market », elle eu une envie subite de dévorer un de tes gâteaux… Ca lui arrive pas souvent, mais j’ai appris à abdiquer rapidement à ses caprices. Elle même adepte du « sablé poulardien », je me propose discrètement d’ouvrir un de tes paquets. Les deux sachets fraicheurs contenaient les biscuits mais au moment ou je m’apprêtais à lui en donner un, une pluie de miettes s’abattit sur le sol, déclenchant un fou rire de l’insistance… Inutile de te dire, Mémé, que le vigile de cette établissement honorable, ne fut pas très heureux.

Et puis j’ai remarqué qu’en effet tes biscuits ne devaient pas supporter le déplacement car très souvent je me retrouve avec ce genre de problème. Alors qu’un jour, je découvris ta superbe boite net métal à 9€50, je me suis dis qu’enfin tu avais eu une grande idée! Plus de miettes en perspective! Vive les sablés entiers! Je me précipite dessus et rentre avec empressement à la maison pour les déguster. Et là, Mémé, je fus désagréablement surpris! Pas un seul de tes étuis de fraicheur, ne comprenaient un gâteau dans sa forme originale! Une véritable « mietterie » à se demander si par mégarde tu ne te saurais pas assise dessus pour récupérer un peu de ton hyper-activité! Voilà, donc, pourquoi Mémé, je t’écris ma déception et j’espère que tu auras la bonne idée de me répondre afin de réparer tes méfaits. Je t’embrasse très fort et te souhaite encore de bonnes années devant toi!

Ton petit poulardien dévoué
David