Qui suis-je?

Mes amis

J’ai disparu quelques temps. Les choses de la vie restent compliquées mais j’ai l’impression que je vais un peu mieux. Je ne vais plus lire les blogs, ni mon courrier car la mutation prend forme. Cet espace est le seul qui s’offre à moi pour vous lire, et c’est le seul plaisir que je m’octroie.

Ne vous inquiétez pas pour moi,  j’écris toujours mais plus sur la toile. Un jour peut-être y reviendrais-je?

Je pense à vous et viendrais vous faire signe de temps à autre

David

Carte postale Méditerranée 2

Salut à vous,

Je voulais vous écrire plus de cartes, mais je n’ai pas eu le temps. Me voici de retour dans l’hexagone, encore plein de lumière dans les yeux, de ciel bleu et de soleil dans la tête et sur mon corps.

Même si je n’ai pas été consulté la pythie, je pense avoir trouvé aussi quelques réponses à mes questions plus ou moins existentielles. Je vous en reparlerais sans doute.

En tous les cas, cette coupure m’a fait un bien fou, et je réattaque avec énergie! J’espère qu’il en sera de même pour vous….

Avez-vous remarqué, que cet été, nous avions la Méditerranée en commun? que nous partagions sans doute son eau, dans nos moments de « thalassothérapie » respectifs?

Et puis, cet été, j’ai eu aussi un flash: j’ai réalisé que trissare, c’était le tweeter latin!!!!T’es trop fort, Daïdou!!

J’attends de vos nouvelles.

Bises

Mes amis

Je tenais à m’excuser déjà pour ces semaines de silence, mais croyez moi vous n’étiez pas loin dans mon esprit.

J’avais besoin de plonger dans mes tourments, les yeux grands ouverts et tirer les conséquences qui se devaient. C’est chose faite (enfin je crois), et je me sens plus apaiser, plus serein.

La vie fait que nous sommes loin les uns des autres et je regrette souvent de ne pouvoir vous voir, vous parler et partager des moments simples. Mais c’est ainsi, et c’est déjà beaucoup que le hasard est fait que nous nous rencontrions.

Je sais que les vacances approchent pour Arthur, quand est-il de toi mon cher David ??? Et comment vas-tu ???

J’attends de vous lire à mon tour et vous embrasse

Philippe

Buen viaje ARTHUR

Un café ce matin avant que tu ne partes en voyage, tu avais le visage beau et rayonnant content on le sentait de retourner la bas. J’aurais aimé t’embrasser, être capable de te dire des choses qui me sont toujours plus faciles d’écrire. Nous (j’ai) avons parlé de tout et de rien, de tous ces gens qui nous ressemblent si peu que nous lisons ou avons lu, fatigués parfois de ce manque de « vie » qu’ils dégagent ! J’aurais aimé partir avec toi, oublier le temps d’un voyage toutes ces choses qui me tracassent, me polluent, m’empêchent d’avancer. J’aurais aimé que tu sois mon guide, que nous découvrions des choses ensemble, nous forgions des souvenirs. J’aurais aimé … mais ma vie est ainsi faite, des j’aurais aimé, des j’aimerais, des si j’avais su etc.…

Bon voyage « mon » Arthur «, profite, prends en plein les yeux et la tête et fais nous de beaux billets. Reviens (moi) nous vite avec ou sans D’Artagnan mais surtout avec ce sourire enfantin qui t’allait si bien ce matin.

Buen viaje y cuidate

Lettre de David à Arthur le 24 Mai 2011

Argy, le 24 mai

Mon ami,

La terre manque d’eau. La terre est sèche. La terre est craquelée, et souffre d’absence. Tu es loin aujourd’hui. Tu t’es transporté vers un autre horizon. Tes pieds foulent un sol inconnu, sans nom.  Comme je t’envie. M’arracher de ce quotidien m’est impossible dans cet instant. J’assume mes choix.

Le jeune homme commence à vieillir, je le sens. Il perd, un peu plus chaque jour, ses illusions. Il aimerait pourtant rêver encore. Il aimerait toucher du doigt son destin. Il s’est déjà pris les pieds dans son empressement, mainte fois. Il se relève aussi. Je le sais. Ce jeune homme vieillit au rythme de ses chutes.

Aujourd’hui, il est debout, il fait face. Son regard est franc. Il a décidé de faire un voyage, une odyssée sur place. Sa route va être longue cette fois, pas moyen de s’en échapper. Je le sais. Il le fait pour rompre ce cercle, celui qui l’étouffe, qui l’oppresse. Alors il s’est entouré d’un homme d’expérience habituer à ces excursions. Il a amené avec lui ses fantômes, sa famille et ses cauchemars aussi. Il veut s’en affranchir. Ça va être long. Je le sais.

Tous les jeudis, c’est la même chose. Il quitte le travail un peu plutôt le Midi. Il ne mange pas. Il mangera après. Sa tête est vide. Il conduit automatiquement. Il traverse la ville lentement. Ses pensées ne vagabondent pas, elles baraudent de bord en bord. Il cherche par quoi commencer. Le début, il doit trouver le début d’une phrase. Il est dans l’incertitude, aucun mot ne lui vient. Les allées et les rues défilent dans un travelling trop rapide. On ne voit pas les gens déambuler, ni les arbres. Il se gare dans cette rue au nom étrange. Cela participe à cette intemporalité, à ces pays qui le peuplent. Il sort. Il a très envie d’une cigarette. Parfois il en a, parfois pas. Il y a un tabac juste à deux pas. Ça lui arrive d’y faire un saut. Alors il grille une tige, un clou de cercueil, le sien. Le portail est blanc en fer forger. Sur la droite, un rosier rose. Il déborde de fleurs. Sa hauteur est impressionnante. Le jeune homme a même l’impression qu’il est plus grand que lui. Le rosier cache une fenêtre. Et puis en face il y a la porte. Il frappe. L’homme d’expérience ouvre. Certaines fois, il doit attendre ça dépend de l’homme d’expérience. Il observe alors. Les rideaux sont neufs. Ils viennent d’IKEA. Il y a encore l’étiquette et le prix 9€95. Il aurait pu en acheter seize depuis le début. Quand il rentre, il lui serre la main. Enfin, il ne sait plus trop, peut-être qu’il va s’assoir sans faux-fuyant. Et puis une fois assis, il fait face à cet homme. Crois-moi , cher Ami, qu’il n’y a personne d’autre qui interfère. Il est seul à en pleurer. C’est ce qui lui arrive par moments. Toutes cette souffrance, cette absence qu’il est craquelé qu’il est sec. Il manque d’eau et ses larmes ne coulent plus.

Bien à toi, mon cher Arthur

David

Lettre à David et Arthur

Mes amis,

Demain je quitte enfin ma grotte pour un nouveau chez moi. Oh pas beaucoup plus grand, mais plus clair et dans lequel je me sentirais mieux, c’est évident.

Vous savez quoi ? J’ai un rêve : vous y accueillir tous les deux un jour, vous y préparer un bon dîner , boire une bonne bouteille et passer un moment avec vous, échanger, rire, pleurer, vivre quoi !! Je sais que c’est mission quasi impossible, mais j’ai envie d’y croire, me dire qu’un jour peut être…Nous nous retrouverons tous les 3 comme les mousquetaires, nous rassurer, nous apaiser, consolider ces liens qui me font chaud au cœur. Vous êtes de belles rencontres, quand les doutes m’envahissent sur l’utilité de mon blog et de tout ce virtuel, je pense à vous deux et tout s’apaise.

Alors je vais prendre une bonne bouteille de blanc d’alsace (vendanges tardives) que l’on m’a offert, la mettre au frais et ne plus y toucher, elle sera la , vous attendra.

Je vous embrasse

Philippe

Ana pourrait répondre

Cher David, 

J’espère que tu excuseras cette liberté que je vais prendre mais j’imaginais qu’Ana si elle le pouvait aurait pu t’écrire cela en réponse à ton Billet :

« Mon Papa,

Je sais bien que ces petites choses t’agacent et je crois qu’au fond c’est une façon pour moi de te monter que je suis la, que j’existe et qu’entre toi et Maman j’ai un peu de mal parfois à trouver ma place . Contrairement à ce que tu ecris , dans quelques mois rien ne sera fini, j’ai seulement décidée de me retrouver pour mieux te retrouver et te permettre aussi de vivre un peu pour toi . Nous avançons Papa doucement mais surement et  nous construisons notre demain qui sera j’en suis sur aussi beau que nous l’espérons . Tu as toujours été la pour nous, Papa et maman à la fois et j’en suis consciente . Fais moi confiance et fais confiance à l’amour que je te porte , vis ce que tu as à vivre , sois heureux et je serais heureuse.

Je t’aime fort mon Papa »

A vous amis mousquetaires

Mes amis,

Encore une journée de soleil et de températures idylliques, j’aime Paris dans ces conditions. En temps normal, le soleil me donne une pêche incroyable, mais là malgré ce week-end familial et ce temps,  je n’arrive pas à décoller, un peu comme un feu d’artifice qui foire par excès  d’humidité.   

J’ai pourtant repris mes médocs après plusieurs mois sans et j’espérais qu’ils m’aideraient à relativiser, à me calmer, à profiter : que nenni !!  Je crois que tout ce qui me permettrait d’être un peu léger serait bon à prendre et ça m’inquiète un peu. J’ai des idées sombres et j’ai l’impression que ce tunnel n’en finit pas. Du coup comme souvent dans ces moments la, je déconne, je déraille et fais n’importe quoi. Je bois trop, je fume trop (et n’importe quoi), je m étourdis ou plus exactement m’abrutis l’esprit.

Je vous embrasse fort tous les deux , vous me manquez

Philippe

A toi David

Paris le 4 mai 2011

Bonjour David et quelle merveilleuse idée !! Si il y a bien deux personnes avec qui j’aurais pu espérer me lancer dans cette aventure c’est bien vous deux.

Merci pour ta lettre, je l’ai lue, relue et en allant chez le kiné je réfléchissais à tout cela.

David, ne laisse rien ni personne remettre en cause ton rôle de Papa. Papa tu l’as été (et très présent) et Papa tu resteras, toujours aimant et bienveillant. Par contre ce qui est évident c’est que nous nous devons aussi de penser à nous, aux années qui sont devant nous et à la meilleur façon de les vivre. Tu as beaucoup donné à tes enfants ces dernières années, omniprésent, papa et maman  à la fois, tu as essayé de tout compenser, de leur rendre les choses plus légères, voir d’alléger une certaine culpabilité. Mais la soudainement tu es un peu fatigué, tu as aussi envie de penser  un peu à toi et c’est normal même plutôt bon signe. Aucune culpabilité à avoir, ta fille ressent le besoin de s’éloigner ? De prendre du recul ? C’est dur, on prend cela en pleine tronche mais dis toi que c’est peut être une bonne chose et que c’est plutôt bon pour l’avenir. Sois et reste confiant, crois en toi et en ce que tu fais.

Pendant 16 ans j’ai mis une partie de ma vie entre parenthèses, je me suis interdit certaines choses. Avec deux enfants hyperactifs et tout ce que cela peut supposer de rendez vous psy, de convocations aux écoles, de crises à la maison,  de gestes ou de paroles d’une violence qui ne peut que blesser un Papa et laisser des traces.  Un enfant « abusé » que je n’ai pas su protéger et je m’en voudrais toujours de n’avoir pas vu, pas su empêcher qu’on le salisse.   Tout comme toi, je n ai pas eu un Papa exemplaire ou très présent et je me devais d’être l’inverse de lui, d’être un papa parfait. Et c’est peut être la que se trouve la clef : La perfection  n’existe pas, nous faisons tous des erreurs et nous ne sommes pas la pour compenser les « fautes » ou « absences «  de nos pères. C’est ta vie David, tu es toi et tu es différent, tes doutes, tes interrogations en sont la preuve la plus flagrante.  

Philippe

Lettre à Arthur et Philippe

À Rouen, le 04 mai 2011

Mes amis,

Aujourd’hui, le temps est au beau fixe sur la Normandie et mon moral, lui, navigue dans les brumes matinales, humides, épaisses, sombres et moroses. La situation a bien changé depuis nos derniers échanges.

Je ne sais plus très bien quel père je suis, je me suis perdu un peu dans cette histoire. Je n’ai pas vu ce qui se passait sous mes yeux, des scènes défilaient sans que je ne puisse interagir, pétrifié par je ne sais quelles peurs. Je m’étais pourtant promis d’être différent, de ne pas ressembler à ce père absent que fut le mien. J’ai toujours été là pour Elle, pour Lui, les observant, les soutenants, et mon attention s’est détournée un instant comme dans ce film, je ne me souviens plus de son titre, ni de ses acteurs, mais des yeux de ce père. Il était là sur le rebord de la piscine, son fils aussi non loin, un peu perdu dans une foule d’enfants criant, exultant leurs joies de se rafraîchir. Il se retourne un moment perturbé par toutes ces femmes vêtues de simple bikini. Je me souviens alors de ce ralentit celui qui rend les minutes des heures, les présences des absences. Il se tourne sur lui même et cherche son enfant. L’effroi de ce père, d’avoir un instant détourné son regard, s’invite en moi avec toute cette culpabilité d’avoir failli à mon devoir de père.

Je ne sais plus quand je me suis détourné d’Elle, ou Elle de moi, mais là voilà qui va bientôt disparaître de mon champ de vision. Elle n’a que quinze ans et quittera la maison dans quelques mois pour un internat. Elle veut prendre du recul, s’extraire de cette histoire de merde que je lui ai imposée. Je la comprends, pas facile de vivre avec une mère manipulatrice aux sentiments ambigus qui partage maintenant sa vie avec une autre femme et un père aimant peut-être un peu trop parfois qui aime un autre homme. Cela n’était pas prémédité. Je lui avais dit que j’étais bi sexuel à ma future ex-femme, elle pas; elle ne le savait pas, elle ne voulait pas, elle ne devait pas se l’avouer, qu’en sais-je? Mais quand notre histoire s’est terminée dans cette anorexie, dans son corps amaigri et sans forme, je ne pouvais pas imaginer les douleurs que nous allions infligées à nos enfants. J’ai essayé de les protéger, j’ai essayé de les écouter, j’ai essayé de les défendre.

Je comprends qu’Elle puisse m’en vouloir. Mes choix ruinaient définitivement ses espérances de vivre qu’avec son père. Et puis, c’est une adolescente et vous savez de quoi il en retourne, car l’un et l’autre avez des enfants. Elle doit se construire sa propre identité sexuelle dans ce mauvais scénario avec pour repère, une mère et un père, homo. Cette décision est sans doute la meilleure solution, je sais qu’elle est même inévitable, bien que je n’y étais pas préparé, il faut maintenant que je l’accompagne dans cet élan à prendre son envol. Je ne m’y étais pas préparé, je croyais avoir du temps.

A cette douleur, Céline n’a pas attendu pour me donner le coup de grâce, il fut immédiat et terrifiant. Je ne peux vous en dire plus car il me faut d’abord prendre un peu de distance, laisser le temps à non venin de se refaire.

Il fait toujours beau derrière la fenêtre de mon bureau, j’ai bien envi de me rouler dans l’herbe comme un enfant.

Je vous embrasse et donner moi de vos nouvelles au plutôt.

Amicalement
David