A Marie

À Rouen, le 05 Mai

Ma p’tite soeur,

Quelle chance avons-nous! Le temps reste au beau fixe et la chaleur du sud caresse notre peau habituée à la froideur des journées normandes, douce sensation, apaisante même!

Voilà, c’est fait aujourd’hui, il n’y a plus de retour possible. Comme je te l’avais confié, il y a deux semaines lors de mon court passage chez toi, je souhaitais entreprendre une analyse et voilà, c’est fait, je viens juste de sortir de mon premier rendez-vous. En pur freudien qu’il est,  il a éludé certaines questions embarrassantes et en non-juif qu’il est, il a quand même répondu à mes questions par d’autres questions… cela commence bien, me semble t-il.

C’est un sentiment d’étrangeté pourtant qui subsiste après ces trois quarts d’heure passés en tête à tête. Je suis partagé par cette démarche. Je sens que cela est nécessaire et j’ai quand même peur d’y découvrir des fantômes incontrôlables… Nous avions parlé de cela, à notre dernière rencontre, aussi je me dois de me ranger à ton avis: c’est essentiel!

L’inconnu fait peur, c’est une évidence, l’inconnu excite, c’est une autre réalité. Je ne pouvais pas dire que je n’en menais pas large, il y a deux heures; j’avais une anxiété naturelle, mais totalement contrôlable. Je suis entré dans cette maison de plain-pied, je me suis assis sur le Voltaire.

– Alors, qu’est-ce qui vous amène ici? Qu’est-ce qui vous amène à venir consulter un analyste?

Sa voix était posée. J’ai répondu sans précipitation, calmement. Il prenait des notes, mais bizarrement cela ne me dérangeait pas. Je laissais venir les questions sans chercher à meubler. J’écoutais les silences sans qu’ils ne soient pesants. Je me sentais tranquille. Je pense que c’est le bon. J’en suis intimement convaincu.

Tout ce qui se passera dans son cabinet restera entre lui et moi, mais peut-être aurais-je besoin de toi et de Sophie pour me rafraîchir certaines scènes de mon enfance…

Je t’embrasse fort et passe des énormes bisous à ma nièce et mes neuves.

Ton frangin préféré!
David